09 novembre 2005
Absence
Un peu de la beauté perdue de ce monde
distillée dans un écrin vivant,
la sensibilité aigüe d'un être qui visite un rêve
par delà une réalité désireuse de le tuer.
Où es-tu ?
07 mai 2006
Douleur et Peine, Tristesse et Désillusion
Dans un imaginaire lointain empli d'échos douloureux, je crois me souvenir
des époques merveilleuses où la Nature célèbrait jadis le triomphe
d'Eros. Je me souviens aussi qu'hélas Eros avait vidé son carquois en
une heure bien matinale... Et cette journée ne laisse pas de darder ses
rayons funèbres.
Récemment, les sourires insistants d'une trop charmante petite enjoleuse ont donné substance à cette lumière mortifère, dont les caresses se répandent amèrement en brûlures de l'âme.
18 mai 2006
Un Pas Vers La Lumière
Oh oui, marchons au milieu des ténèbres, sur la Voie de Saphir, notre
esprit est baigné de lumière, il rayonne de lui-même en son sein. Ni
divinité, ni prophète, seulement des gens de bonne volonté et beaucoup
de charlatans. Leurs faux complices ont inventé le blasphème et le
pêché, comme on s'invente parfois des idées idiotes pour servir de
prétextes à des choses plus stupides encore.
Tout est excès en ce monde, déchiré entre rêves de paillettes et aveuglement religieux. Et l'indépendance et la liberté dans tout ça ? Elles attendront des jours meilleurs… Il me semble.
Le vacarme du monde s'élance quotidiennement à l'assaut des âmes égarées,
et au milieu de tous, envers et contre tout,
une fine silhouette
gothique scande ses pas en silence, attentif aux Eléments de ce bon
vieux paganisme, elle attend que des arcs se forment et la lient
électriquement à l'ineffable.
Il n'est de voyage qu'à l'intérieur…
L'empathie sent palpiter le cœur de ce monde. Elle perçoit et explore ses petites effusions qui contaminent l'air et sont, seulement pour elle, visibles telles des gerbes d'étincelles foudroyantes.
Bien d'autres yeux observent cette silhouette : l'obscurité qui la ceint n'a d'égal que la pâleur idéale de ses traits. Mais elle n'a point d'yeux pour les voir, les siens sont plongés ailleurs…
Ô charmant visage, je reconnais les feux qui inondent tes regards, envoûtants de mystères, car nous marchons parmi les mêmes ombres ténébreuses. Les pétales de quelques roses exquises ont jadis recueilli en leur temps, contre ta joue, contre ma joue, des émotions cristallines. C'est un peu de leur tendresse qu'ils conservent désormais dans la délicatesse de leur chair fragile. J'entends venir du fond de nos mémoires leur ressac, inaccessible. Tu te livres un peu, tandis que mes lèvres s'épanchent. Ces promesses m'étonnent comme au premier jour où elles se firent entendre, cependant qu'elles ne se détachent jamais d'un goût de revenez-y…
Il est temps de passer de l'autre côté du miroir…
Maintenant, quoiqu'il advienne, nous n'oublierons pas. Pour le meilleur comme pour le pire…
Amen
07 janvier 2007
Naissance
C'était en l'an de grâce 2006, en ce 10 de décembre...
Et non loin de là, sur le tronc d'un arbre, au milieu des croix et des tombes, on croit voir un visage sortir de dessous l'écorce, une âme que le destin cruel aurait emprisonnée dans cette dernière demeure...
Post-Scriptum : Ce n'est pas faute d'y avoir pensé ou de l'avoir voulu tous les deux, seulement nous n'aurons jamais eu l'occasion de revenir nous promener au Père-Lachaise comme au jour de notre rencontre, et y flaner au bras l'un de l'autre. Nous pensions avoir tout notre temps pour accomplir ce pélerinage, mais six mois et demi plus tard n'était plus l'heure de la passion, seulement du deuil et de l'oubli.
28 novembre 2007
Hiver 2007
Le grand froid est reparu, le froid hivernal qui en une bise légère vient caresser mon visage, puis se presse contre ma deuxième peau, celle de mes vêtements, de velour et de cuir pour mieux m'en protéger. Je puis ainsi mieux profiter de ses baisers que de ses crocs. L'air de cette saison respire la sérénité et affiche sur les visages une expression pâle et austère, mais vive. C'est en cette saison que le noir est le plus beau, lorsqu'il tranche sur une peau claire immaculée.
Sous mes regards perdus au milieu des scintillements argentés, le givre est parti à la conquête des paysages alentour, figés sous son emprise. Le soleil est déjà haut en cette matinée tardive, et à travers ses rayons, la Terre exhale les derniers parfums de l'automne. Voilà, l'hiver est revenu. Je me sens vivre.
05 décembre 2007
Peine-Ombre
Un monde dépouillé de faux-semblants et d'illusions, voilà ce que me transmettent les regards que je lui jette ! Un monde sans parure, et décharné... Au milieu de cette gabegie, une pensée consolatrice incertaine, aussi frêle et ténue que la flamme d'une bougie mourrante, qui menace de s'éteindre au moindre souffle d'un vent coulis. Une pensée dont le réconfort est emprunt d'agonie... La douceur et la tendresse en deux notions abstraites, rêvées et enfuies ; l'amour en un feu révolu qui n'a laissé que cendres sur son passage. La passion ne trompe personne : même en Latin, elle ne signifie que souffrance !
20 décembre 2007
La Tour de Cartons
Je me trouvais au milieu d'un environnement urbain, probablement le centre d'affaire d'une grande ville, et du haut de mon promontoire, je pouvais m'attarder sur les détails de chaque rue, de chaque bâtiment, appréhender la manière dont ils étaient agencés les uns par rapport aux autres, et analyser les architectures retenues en fonction de leurs usages.
En face de moi et à ma gauche, se déroulaient presque à perte de vue de longues avenues ; la circulation n'était pas dense, bien au contraire. Il devait être tôt, car bien qu'il fasse complètement jour, les raies de lumière sourdaient encore timidement au travers de la grisaille matinale. Au pied de mon promontoire, vacillant sous la caresse enveloppante du vent, j'observai sur ma droite, un chantier où des engins manœuvraient afin de jeter les fondations de ce qui serait visiblement un important ouvrage. Depuis mon emplacement, c'est à peine si je percevais les bruits de leurs déplacements.
Le promontoire sur lequel j'étais ainsi perché se révéla en vérité constitué d'un colossal empilement de gros cartons blancs, et manifestement vides. Cet empilement s'élevait à une hauteur de quelques trente ou quarante mètres, et de son sommet je surplombais bon nombre des constructions avoisinantes. Seuls les grands immeubles et les tours de bureaux le dépassaient. Je me demandai perplexe comment j'étais arrivé là, je revoyais tout au plus comment j'avais pu escalader les derniers degrés. Je sentais le vent au contact de ma peau, car mon corps était totalement nu mais je n'en concevais aucune gène. Il apparaissait tel que je le connais, svelte et pâle, et les jambes fléchies, se tenait prêt à bondir s'il le fallait. Les oscillations du promontoire sous la poussée du vent tendaient à m'inquiéter : je m'interrogeais sur le temps qu'il tiendrait. Une bourrasque un peu violente ne risquait-elle pas de l'emporter, et moi avec ?
J'imaginai un moyen de descendre, mais renonçai presque aussitôt. Je devais concentrer mon attention sur l'environnement alentour afin de garder mon équilibre et ne pas me laisser impressionner à la vue des ondulations des colonnes de cartons qui me supportaient.
SUITE...
Je ne ressentais nullement la résistance du vent. Son étreinte se faisait délicate et douce, et à son contact, aucun frisson ne me parcourut l'échine. On eût dit un murmure... Et la tour aux cartons sous mes pieds semblait danser du pas d'un colosse ankylosé qui s'anime. Je craignais qu'au moindre faux mouvement de ma part, la colonne ne se déstabilisât, à en juger la rapidité où je m'éloignais ou m'approchais des bâtisses. Comme je conservais l'équilibre les bras écartés comme un oiseau qui prend son envol, j'aurais voulu imiter Icare s'élançant dans sa quête folle. Mais l'étreinte des vents se resserra sur mon corps, et tandis que ma poitrine était ainsi prise en tenaille, le lieu mouvant où je virevoltais bien malgré moi l'instant d'avant me parut soudain calme, chaud et apaisant. Les divinités avaient-elles entendu ma détresse avant même qu'elle n'arrive à mes lèvres ? Ou bien tout s'était-il terminé si précipitamment que je n'avais pas vu venir la chute ? Non, je n'étais pas retourné à la poussière, alors qu'un chœur se fit entendre et que j'y perçus des louanges...
"Nymphe immaculée des ondes miraculeuses,
Amante convoitée de l'Olympe païenne,
Tu insuffles aux rives les douceurs de l'Eden,
Héroïne des cœurs et des amours heureuses.
A chaque étreinte défiant du Temps l'avarice,
L'âme ne se repaît jamais de tes délices,
Ivre quand mes lèvres te brûlent sous ton châle,
Enchantée par tes yeux baignés la nuit d'opale."
"Drôle de façon de se faire annoncer", me dis-je à moi-même. Mais l'écho de mes pensées se répandit dans le mystère opaque de ces lieux sans commencement ni fin. Je n'étais pas tout à fait plongé dans l'obscurité. La lumière qui filtrait jusqu'à moi avait éveillé mes paupières de sa clarté diffuse et sereine. Et le chant des fées au loin se fit plus précis qu'auparavant. J'avais été déposé sur le tapis de mousse verdoyante d'un Eden. Odin aurait pu vivre ici, et laisser couler les siècles sans se préoccuper davantage des vicissitudes du monde que du ruisseau au bord duquel on étanche sa soif. Perdu dans la contemplation de ma propre félicité, je n'avais pas pris conscience du jardin qui m'entourait au-delà des franges de végétation venant se poser aux extrêmes frontières de mon être. Mon esprit, lui, vagabondait au gré du ressac de mes pensées, se succédant en vagues toujours plus extatiques.
A mon réveil, on célébrait une grande occasion, et l'ambiance était à la fête. Les visages des convives étaient emprunts de l'allégresse du banquet, et ce sentiment si communément partagé me contamina bientôt. Une jeune femme à la démarche altière vint s'asseoir près de moi, comme pour s'enquérir de mon état. On parlait d'un nouveau qui arrivait de loin. Je ne fus pas même surpris lorsqu'elle s'alanguit tout contre moi. L'insouciance de cette belle après-midi flottait pour tous dans l'air avec la légèreté suave d'essences parfumés. Puis sa silhouette, ainsi que sa longue crinière ondulée m'étaient familières. Je connaissais même son prénom. D'où cela me venait-il ?
Souvent lorsque mon cœur par trop de solitude accablé souhaitait se réchauffer au foyer des déshérités, oui, souvent, elle se manifestait, envoûtante et charmeuse, comme tirée d'un lointain univers onirique, appelée par mon chant de détresse. Maintes fois, elle était venue me consoler et apaiser mon chagrin. Mais comme si elle avait souhaité que je puisse reprendre confiance en moi, elle m'avait dissimulé les traits de son visage.
Elle ne m'en faisait désormais plus mystère, et ses regards perçant à travers moi me disaient clairement qu'elle souhaitait me les voir graver à jamais. Ses regards venaient de m'arracher à la fête. Sans qu'elle m'en privât, je n'y songeai plus, elle occupait chacune de mes pensées. Elle avait toujours été près de moi tout au long de ma vie. J'avais pris conscience d'elle, je crois, en même temps que mes premières amours, et depuis, elle ne m'avait jamais vraiment quitté.
"Nathalie...
- Oui, Amour ?
- Où sommes-nous ? Comment suis-je arrivé ici ? Pourquoi tout ce temps avant de te rejoindre enfin ce jour ?
- Tu disais jadis que la femme idéale était pour toi la prochaine, te souviens-tu ?
- Oui...
- Et depuis quelques temps, tu t'es rendu compte, je crois, que tu n'avais pas emprunté la bonne voie, que celle-ci serait sans issue. Tu n'es pas fait pour les amours terrestres, mon cœur. Tu l'as toujours su au fond de toi, je pense. Mais tu devais par toi-même en prendre pleinement conscience, avant que je vienne te chercher. Maintenant, nous sommes réunis pour l'éternité !"
Et tandis que je lui donnai mon consentement tacite, le sourire de ma nymphe embrasa la Terre et le Ciel, son être recouvrit les deux à la fois, emplit si fort mon cœur et mon âme qu'ils semblèrent devoir exploser tous deux. Quand nos existences eurent fini de s'unir pour toujours, je sus que je l'avais toujours attendue et qu'en la serrant tendrement contre moi, j'avais tout ce à quoi j'avais jamais aspiré.
Dans un ailleurs lointain, le colosse blanc qui m'avait arraché à la terre du monde ici-bas se redressa soudain de toute sa hauteur, puis les blocs qui le constituaient se détachèrent en myriades d'ailes immaculées, portées par les vents ascendants. On les vit s'élever très haut, comme une nuée d'oiseaux migrateurs qui prennent leur envol pour un long voyage, quand enfin ils disparurent dans des contrées éthérées.
S'il est des lieux incertains en ce monde, c'est bien aux carrefours où les civilisations et les époques se croisent. Et de tout temps, elles enfantent des êtres qui ne peuvent appartenir à aucune d'entre elles.
12 février 2009
Extase
Une note, un mot, un crissement, une reconnaissance, une jouvencelle, une caresse, ...
Dans ces lointains ailleurs où je chemine en pensées, il me semble que surgissent des lueurs qui m'irradient. Une crinière qui me rappelle l'impétuosité des flots, et flotte au vent avec la grâce de mes muses ; une démarche innocemment prédatrice, qui crochète l'âme, bouleversante de félinité ; le port altier d'un minois indécemment pâle. Silhouette svelte et chamarrée, ceinte de son corset, et de toutes parts, en cascades voiles et dentelles sombres d'une demoiselle gothique, qui charme la Camarde et réveille les morts sur son passage... Les vivants, eux, tombent en pâmoison. Qui suis-je...?
D'une main posée sur ta hanche, c'est ton être que je tiens dans ma paume. Tes regards embrasent mon visage, et je sens palpiter ton pouls qui scande les réminiscences d'une symphonie culte. Mon âme résonne, s'élève, s'envole et s'enroule autour de la flammèche qui émane subtilement de ton brasier. Petite sorcière je t'ai connue, grande prêtresse tu es devenue. Dans mes visions en Noir & Rouge, il semble que tes douces lèvres offertes rosissent, au point que mes orbites s'épanchent et se déversent en toi pour ne voir plus que toi. A chaque baiser, chaque possession, nos serments s'enlacent, et je me consume, entre morsures exquises et dévorantes dévotions... Invitée au bal dans mon palais, ta langue demeure à jamais ma captive, savoureux écrin de mes crocs... Main dans la main, nos doigts emmêlés...
Promenons-nous dans nos bois pendant que le monde n'y est pas.
S'il y était, il tremblerait.
Mais comme il n'y est pas, il ne nous importunera pas.
Monde y es-tu ? Transpires-tu ?
Je mets ma culotte de lin.
Je mets ma chemise de satin.
Je mets mon long manteau de cuir noir, mon amour.
Je mets mes chausses bariolées.
Je mets mes bottes métallisées.
Ma Princesse, fuyons l'astre du jour.
Attention, nous voilà, ils veulent s'aimer.
Attention, nous voilà, ils veulent s'aimer.
Attention, nous voilà, ils veulent s'aimer.
Requiem











