††† Meus Goth †††

Ni Maître Ni Dieu... Réflexion Autour Du Mouvement Gothique - Univers sombre et intimiste

17 décembre 2008

Discours de la SARvitude Volontaire

radio_simpson

DISCOURS DE LA SARVITUDE VOLONTAIRE

d'après une idée originale
de
Calimero Premium



INTRODUCTION

Nous vivons une sombre époque d'obscurantisme moderne, camouflé sous le vernis faussement progressiste d'une morale orgiaque et décadente, pour laquelle le destin de l'Homme passe après la satisfaction des appétits des hommes. Les médias d'aujourd'hui chantent en chœur les gloria de la médiocrité, et si l'Individu s'est hissé au rang de Veau d'or, un faciès fort commun à ce jour se voudrait plutôt originaire du Gévaudan, tant ses regards haineux font désormais la chasse à l'exception intellectuelle. J'ai ici nommé : le SAR !

Cette théorie est toute empirique dans son essence. Il s'avère que globalement nous sommes envahis par les SAR. Il s'agit en fait d'une catégorie qui regroupe tous ceux dont l'existence ne cesse de confirmer cette conclusion tragique régissant chacun de leurs actes : ils ne Servent À Rien. Ils ne servent à rien, car toute leur existence est dirigée vers un unique but : la négation de tout sentiment d'élévation.

 

ÉTUDE COMPORTEMENTALE DU SAR

Le profil du SAR peut être très divers, car dans son peu d'originalité et d'authenticité, le SAR n'a peut-être qu'un semblant de qualité : il trouve une manière pas tout à fait identique à celle de son congénère de ne servir à rien. Cette disposition salvatrice nous évite des overdoses récurrentes par saturation spontanée. Voici quelques symptômes tels que vous les avez forcément rencontrés un jour, qui sont caractéristiques du SAR.

Langage

Le SAR s'affectionne à parler pour ne rien dire : il n'a rien à dire, mais il le dit quand même, c'est sa manière de combler un vide existentiel immense. A l'excès, il lui arrive même de tomber amoureux de sa voix. Cette anomalie très spécifique est désignée sous le nom de Symphonie À Rebrousse-poil.
Parler pour ne rien dire ne prendrait pas toute sa mesure si le SAR n'insultait pas ce qu'il ne connaît pas gratuitement : c'est sa seule attitude pour ne pas se sentir exclu de la masse des SAR, et cette masse s'en trouve ainsi réunifiée et galvanisée. La différence est ressentie comme une menace qui pèse lourdement sur son incompréhension, et la place vient souvent à manquer pour une remise en question, entre la masse et l'enclume. D'ailleurs, la différence entre une enclume et un crâne de SAR, c'est la caisse de résonance.
Pour résumer les dons linguistiques du SAR, une présentation succincte du langage SARien demeure incontournable : le SAR s'exprime par des onomatopées, susceptibles de traduire une envie, une pulsion, une frustration. Quand son lexique lui fait défaut, le SAR adopte le grognement. Plus son cri est bâclé, haché et incompréhensible, plus l'état du SAR approche de l'implosion/explosion. Attention aux éclaboussures et dommages collatéraux ! Une présentation succincte pour une expression tout aussi succincte !

Loisirs

L'activité de prédilection du SAR est de rester toute la journée dans l'expectative : le SAR n'a pas de projet, alors il attend, mais il ne sait pas encore quoi. A ce titre, il joue parfois un rôle ornemental. Par exemple, cette curiosité qu'on appelle les "poufs" s'assortit fort bien en général avec les potiches...
L'écho du SAR consiste à écouter de la musique atroce : le SAR n'a aucun goût musical, mais comme il ne le sait pas, il se croit "branché", aussi en fait-il profiter tout le monde — pardon, il emmerde tout le monde. Dans la rue, dans les transports, ... Le SAR évolue parfois : il a remarqué qu'il emmerdait tout le monde, et même s'il n'a pas compris pourquoi, cette idée lui plaît (Le SAR n'a pas souvent d'idée). Largement diffusée à l'initiative des maisons de disque, la musique SARienne sévit partout dans les bacs — à sable. Souvenez-vous de ce précepte : le bon rock n'officie point dans les cieux... A ce propos, en considération de la manière dont les prétendues grandes maisons de disque ponctionnent le porte-monnaie de tout un chacun, je me demande parfois si maison du fisc ne conviendrait pas mieux.

Sexualité

 Chez le SAR, l'appareil reproducteur, qu'il soit masculin ou féminin, constitue à lui seul une entité autonome, capable de se substituer à l'encéphale. Lors d'un stimulus visuel en présence d'une créature sexuée, le SAR s'éveille en proie à sa libido, et entame une tentative de rapprochement sous couvert d'approche familiale. Or l'approche familiale du SAR est un pur réflexe de consommateur. La notion de partage et d'échange est axée sur les pratiques liées à la reproduction, et se réduit à l'obtention de sa satisfaction personnelle de façon unilatérale. L'assimilation du partenaire à un objet sexuel est chose fréquente.

Culture

Enfin, la culture SARienne est principalement orale, rarement écrite, car pour le SAR, la langue écrite pousse le vice jusqu'à imposer des règles, à commencer par l'orthographe, depuis que Richelieu a jeté les langues d'oïl sur le feu et les langues d'oc à la mer. D'ailleurs, Richelieu n'occupe pas tellement les boîtes à chaussures du SAR, et le SAR observe une prédilection scrupuleusement marquée pour les godillots de sport... Au nombre de ces règles, le SAR décompte également la grammaire, ce carcan pervers inventé par des grands-mères hargneuses, et qui veut que l'on ne dise pas n'importe quoi n'importe comment n'importe où dans une phrase. D'ailleurs, le SAR se défie de toute forme de ponctuation. La seule ponctuation qu'il connaisse réside dans son souffle. Puis, comble de l'horreur — plus encore si le SAR est François —, sa langue maternelle comporte pléthore de mots ayant des sens similaires. Aussi a-t-il développé une insensibilité aiguë envers les nuances qu'il relègue à l'état d'onanisme cortical. En un traître mot, le SAR ne voit en cette langue dont il se sent la victime autant qu'il l'agresse, qu'un outil, au même titre qu'une clef à molette, une batte de base-ball, un opinel, un poing américain, etc. En fait, le terme de culture SARienne revêt à peu près l'ambiguïté d'un oxymoron...

Le SAR perçoit la curiosité et l'apprentissage comme des attitudes archaïques de l'espèce. Il préfère matérialiser son évolution au travers des produits technologiques placés à sa portée par les agents du commerce libre. Et pour cause, le SAR ne croit qu'en ce qu'il peut voir et toucher. En aparté, la formation commerciale dite force de vente est une méthode mercantile des plus brutales, spécialement étudiée afin d'augmenter les ventes auprès des SAR, et elle-même élaborée pour être appliquée par des SAR.

 

UNE VIE DE SARVITUDE

Expansion

Ce phénomène tristement de plus en plus répandu est qualifié de SARvitude. Il s'agit bien sûr d'un néologisme, et ce nouveau terme en agrège deux autres : le sigle SAR et le mot servitude. Car le SAR est l'esclave de cette inclination profondément enracinée dans son être. Selon son potentiel de SARvitude, le SAR peut associer différents composants tribaux. En général, ces composants se greffent par contamination au contact d'autres SAR présentant des variantes inconnues jusqu'alors du sujet. Pour reprendre à la sauce SARienne une citation de Patrick Timsit : "Tous les ans il y a de plus en plus de SAR, mais cette année j'ai l'impression que les SAR de l'année prochaine sont déjà là !"

On ne connaît pas l'origine exacte de la SARvitude à ce jour. On ne saurait dire si elle est acquise ou innée. Toutefois, il n'en reste pas moins que certains regroupements sont propices à sa déclaration chez un individu bêta, et à plus forte raison chez les bêtas et les bêtasses. De manière générale, la population humaine semble petit à petit prendre conscience de ce phénomène. On peut le constater au travers de certaines expressions familières, voire grossières, mais révélatrices. "Avoir les fils qui se touchent" ne laisse pas entendre que le SAR a été touché par Dieu, mais suggère plutôt la présence de court-circuit à l'origine d'un dysfonctionnement nerveux. "Être fini à la pisse" ne signifie pas avoir un problème de rétro-incontinence : le géniteur aura en fait manqué de semence procréatrice, et dans un élan d'extase, l'aura diluée au champagne, pour que vienne quelques mois plus tard un hideux petit SAR atteint d'une jaunisse natale. Non, ce n'est pas vrai, tous les bébés ne sont pas beaux. Le fait que "ça sonne creux" ne veut pas dire que le SAR a prévu de la place pour effectuer des travaux ultérieurs d'aménagement et d'agrandissement : la vacuité de sa boîte crânienne est une réalité définitive. "Avoir deux neurones qui se battent en duel" n'est pas une manière de décrire une intense activité cérébrale, mais plutôt la rareté des membres d'un réseau neuronal.

Vivre avec sa SARvitude

La SARvitude peut être vue comme une de ces nouvelles maladies contemporaines. Chez les cas de SARvitude les moins secourables, on observe, en fin de sommeil paradoxal, c'est-à-dire peu avant le réveil, des tremblements de tous les membres du corps, animés par des envies frénétiques d'accomplir des actions stupides et vides de sens. Les mouvements saccadés des globes oculaires témoignent de la formidable projection du malade autour du déroulement de la première seconde de sa journée. Pour un SAR condamné, c'est en effet pendant ce court laps de temps que s'affirme l'aliénation de son identité humaine, et lui-même mesure alors de manière jubilatoire toute l'étendue de son potentiel à ne rien accomplir qui pourrait contribuer à améliorer son sort. Ce type de crise chronique annonce de son point de vue une journée pleine de réussites. Au mieux, son entourage verra en lui un boulet de douze que son canon a envoyé sur les roses. L'engouement du SAR pour son état s'explique du fait que sa SARvitude lui procure l'illusion avantageuse d'être toujours au mieux de sa forme et de ses facultés. Malheureusement, on ne meurt pas de cette maladie ; elle empêche simplement de vivre ceux qui ne sont pas atteints, ou à tout le moins détériore-t-elle leur qualité de vie. On ne sait pas traiter la SARvitude, quel que soit son état d'avancement.

Le vivier de la SARvitude est convivial, en ce sens où entre SAR, les patients se comprennent et s'entraident dans leur cause commune, à savoir rendre leur vie futile et insipide, avec tout de même des effets de bords non négligeables sur leur environnement. Provocation, harcellement et agression de non-SAR sont monnaie courante. Pour des personnes saines de corps et d'esprit, la confrontation avec des SAR peut être très mal vécue, entraîner un profond mal-être et une impression de solitude. Les SAR sont effectivement très nombreux et partout. Certains cas de SARvitude très avancés se lancent même dans le prosélytisme, ce qui n'est guère de nature à susciter la compassion, mais plutôt un sentiment d'indignation, voire de révolte ! Ce comportement si envahissant pousse parfois les plus fragiles d'entre nous à des actes désespérés afin d'échapper à cette pression, et il n'est pas rare qu'ils aillent jusqu'à grossir les rangs des SAR en singeant leur mode de vie.

La SARvitude plonge le malade dans un tel état d'hébétude qu'il n'est pas en mesure de réfléchir sur les dimensions que prend sa propre maladie. On peut ainsi voir des SAR se montrer fiers de ne servir à rien, et le clamer haut et fort, ce qui est quand même un comble.

Société À Risque

Profitant de l'ampleur du phénomène, certains filous ont trouvé prétexte à s'enrichir en développant de multiples ramifications au sein de la société de consommation. Ces ramifications permettent au SAR de surmonter son handicap et de cultiver sa SARvitude. Eh oui : économie et responsabilité ne vont pas toujours de paire...

Enfin, politiquement le SAR a des idées bien arrêtées : son parti est la DémoCrassie. Il ne s'agit pas d'une faute d'orthographe de ma part, ni d'un pied de nez à quelque cadre institutionnel que ce soit, non que la Cinquième du nom ne s'en accorderait pas, mais comprenez surtout par là : "démonstration de crasse" (intellectuelle).

Face à l'expansion sans précédent de la SARvitude que traverse notre époque, le monde tel que nous le connaissions voit ainsi l'émergence de sociétés à risque. Une triste page de notre Histoire est en train de s'écrire sous nos yeux, sans que l'on sache actuellement comment enrayer ce phénomène.

 

CONCLUSION

La situation géopolitique de ce XXIème siècle n'est pas totalement désespérée, dans la mesure où la SARvitude n'est pas une fatalité pour qui n'a pas déjà succombé. Aussi je vous y enjoins conjointement avec mes amis : résistez à l'invasion ! Quel pire cauchemar que de devenir soi-même un SAR !?

 

Remerciements :

Tout n'est pas de moi, aussi je tiens à remercier les belles âmes qui ont permis l'édification de cette théorie, s'il en est :

Calimero Premium made in SAR
(co-inventrice du terme SAR, avec sa petite sœur)

Madrigal Intemporel
(de qui je tiens le terme de démocrassie)

Posté par Requiem Goth à 04:23 - Société - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

    Excellent !

    Du grand Art !
    Oui Monsieur, tout à fait !

    Quoique, je désapprouve : La "situation géopolitique de ce XXIème siècle" , comme il est dit plus haut, est d'après moi foutue. ( Désolée, quelques effluves SARiennes modifient vulgairement mon langage ). La population est déjà, en majorité, asSARvie ! Est ce qu'une minorité bien pensante suffirait à sauver la mise ?

    Il ne reste plus qu'à espérer. ( Si cela est encore possible, bien sûr ! )

    Sybil.

    Posté par Sybil, 19 juillet 2009 à 23:24
  • Espérer...

    Avons-nous encore le temps de désepérer...?

    Posté par hokmah, 28 décembre 2009 à 00:07
  • Re: Espérer...

    Difficile de se prononcer, sans verser dans un fatalisme morbide ou, au contraire, dans un optimisme outrancier... Je crois qu'il faut faire contre mauvaise fortune bon coeur, en prenant le parti de ce qu'il y a de meilleur dans nos vies pour le temps qu'elles durent, sans trop se préoccuper des errements de la masse afin de garder un peu de sérénité.

    Posté par Requiem Goth, 29 décembre 2009 à 14:54

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