††† Meus Goth †††

Ni Maître Ni Dieu... Réflexion Autour Du Mouvement Gothique - Univers sombre et intimiste

07 juin 2006

Goth : Le Romantisme Noir

Afin de présenter le livre de Patrick Eudeline, paru le 20 octobre 2005, "Goth : Le Romantisme Noir de Baudelaire à Marilyn Manson", j'ai retapé l'introduction de son livre et vous laisse en découvrir ainsi les premières pages. J'ai choisi, pour les illustrer ici, les oeuvres de Victoria Francès. Bonne lecture à vous...





Indroduction

legacy_art_vf_013_favole Demoiselle Gothique se reposant dans un Cimetière DE BAUDELAIRE
À MARILYN MANSON
par Patrick Eudeline



« Goths ? Comme les Wisigoths ?
C’est cela, oui. Et les Ostrogoths, sans doute ? Barbares ? Vous en êtes un autre, mon ami. »
Je l’avoue, j’ai été surpris. Je croyais, voyez-vous, que le monde était gothique. Oui, notre cher monde d’aujourd’hui qui entre à reculons dans un siècle nouveau et rêve du passé. Je pensais qu’il était gothique dans toutes les acceptations du terme. Pourquoi ? Parce qu’à l’heure où l’on interdit même au gens de fumer, il ne reste plus que le rêve…
Gothique… parce que malgré les progrès fulgurants de la technologie, nous apprendrons peut-être un jour que nous sommes en train de vivre une période d’obscurantisme, prosternés devant le Veau d’Or. Celui qu’on appelle « les médias ». Celui dont Marshall Mac Luhan annonçait jadis le règne sous les ricanements.
Pour moi, face au consensus mou et au fascisme rampant, l’univers gothique offrait un prisme permettant de voir les choses autrement.
Or, en observant les réactions du petit milieu de l’édition, des représentants, libraires et autres distributeurs à qui nous proposions cet ouvrage, il fallut se rendre à l’évidence : non, le monde n’est pas gothique. Gothique, c’est encore l’underground.
legacy_art_vf_019_favole Demoiselle Gothique Violoniste Même s’il est difficile de faire cent mètres en ville sans rencontrer un de ces jeunes gens pâles habillés de noir, le mouvement a su rester secret. Ou presque, conservant son identité avec un soin jaloux.
Si les « vrais » gothiques n’aiment guère Marilyn Manson, comme ils se méfient à juste titre de Cradle of Filth, c’est surtout parce qu’ils ont trop de succès. Il n’y a pas de réelle « star » gothique ou assimilée. Rien que des noms qu’on se chuchote comme des mots de passe : Dresden Dolls, Von Thronstahl, Goteki, Gothic Sex, Empire Hideous ou qui on voudra, tant la scène est riche. Du metal sensationnaliste à la balade impressionniste, il y en a pour tout le monde. Mais aucun ne vend vraiment.
Il n’y a pas non plus de « star » fédératrice, plutôt des personnalités. Des sympathisants, dirons-nous. Asia Argento, Amélie Nothomb, sans doute. Cher ? Winona Ryder, les White Stripes, Trent Reznor, que sais-je ? A la faveur d’un clip ou d’une déclaration, il serait aisé de croire que de nos jours, n’importe qui est gothique, peu ou prou. Des gens qui refuseraient l’appellation peut-être, mais dont l’univers doit tout au romantisme noir.


legacy_art_vf_002_favole Demoiselle Gothique à Venise Romantisme Noir
Le mot est lâché. La chair, la mort, le diable. Contes d’Hoffmann et obsessions baudelairiennes. Le gothisme dépasse notre triste condition. Comme le dandysme, il réfute notre animalité et vomit l’état de nature. Le goth croit – tel Charles Fort qui collectionnait les récits d’évènements étranges – que le monde n’est surtout pas celui que l’on nous donne à voir. Alors il s’en invente un autre, qui ressemble à un tableau de Clovis Trouille ou de Beardsley, où les garçons avancent bottés et cape au vent. Certains vont plus loin : ils ne croient pas à la science mais aux forces secrètes et aux hantises et vivent entourés de fantômes. Mieux vaut le passé que ce triste présent ! Voilà ce que clamait hier Jean Lorrain ou Huysmans, nos décadents. C’est la donne première de ce siècle balbutiant qui ne tient pas sa parole. L’an 2000 ? On nous avait promis des mondes à découvrir, des soucoupes volantes et la maîtrise de l’énergie. À la place, des générations entières de lecteurs de Anne Rice rêvent à de frais et poussiéreux caveaux tendus de tulle noir.
Ce livre remontera la route, depuis le XVIIIe siècle et les premiers romans anglais qu’on nomma « gothiques » jusqu’à aujourd’hui. Il démontrera la permanence de ce que Bataille appelait « la part maudite du rêve ».
Pour ceux qui croiraient encore que les bagues à tête de mort ou l’habitude de se vêtir tout de noir sont choses récentes.
Pour ceux qui ne devineraient pas, par exemple, la ligne qui va de Sarah Bernhardt – qui dormait dans un cercueil et rêvait de se faire greffer une queue de fourrure – jusqu’à Theda Bara, puis Barbara Steele, Patricia Morrison, Laurie Vanian, Lydia Lunch, Diamanda Galas ou encore Siouxsie. La même qui passe aussi évidemment par la Marlène de Agent X 27 ou la Vampira, fiancée de James Dean – la seule femme, dit-on, à qui il permettait d’éteindre ses cigarettes sur son torse –, ou encore par cette jeune femme, Morticia, legacy_art_vf_006_favolequi déjà, dans les années soixante-dix, tenait un stand à Carnaby Street – falbalas de sorcière, candélabres et littérature de la nuit – bien avant que le mouvement n’explose avec la Batcave.
Pour ceux qui ne verraient pas comment le chic vampire court de Paganini à Dave Vanian ou Nick Cave en passant par Bela Lugosi ou le Keith Richards de la fin des sixties.
Vampires ? À en croire les publications anglaises comme Bloodstone ou Bite Me, des festivals Vampyria qui se déroulent à Londres, nous voulons tous être des vampires aujourd’hui. À l’heure du sida et des modifications corporelles, le vampire est le héros moderne par excellence. Celui qui a le pouvoir. Tout comme à l’heure où le sexe, banalisé à outrance, vulgarisé par le porno, ne fait plus guère frémir, le fétichisme – ressort goth par essence – est une réponse. Le fétichisme, c’est, là encore, le rêve et le refus de la morne banalité de la nature. Aucun animal ne fait l’amour avec un corset de vinyle. Seul l’homme a besoin de transcender. C’est sa grandeur.
Et la leçon luciférienne, celle du porteur de lumière : qu’on se souvienne de la parabole biblique ! Dieu voulait faire des hommes de simples « jardiniers » du paradis terrestre, des esclaves en quelque sorte. Lucifer a pris la tête des révoltés. Comme Prométhée, il avait une vision plus haute du destin humain. Prométhée, Lucifer. Les premiers héros gothiques. Perdants magnifiques, bien sûr, puisqu’ils ont tous les deux échoué. Dieu et les médias gagnent toujours ; le rêve est toujours condamné à l’échec et aux réveils amers. C’est là sa puissance, sans laquelle il n’est pas de romantisme. Même s’il va trop loin, comme Varg Vikernes, leader fou du black metal, emprisonné pour meurtre. « Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle. Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis »… alors, le goth sort. Cyberpunks ou en jabots et velours parme, ce sont les armées de la nuit. Ce livre est pour eux.

legacy_art_vf_015_favole Demoiselle Vampire

Posté par Requiem Goth à 15:13 - Mouvement Gothique - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

    sa donne envi de lire

    sa donne vriamen envi de lire tre bien se texte ... bon sur ce il fia tar mai jai tou lu c t tre bien ... gro bibi

    Posté par demonicia, 12 juin 2006 à 23:25
  • Dessins

    Bonjour, j'aimerais bien connaitre les noms et auteurs des dessins de cet article pouvez-vous meles communiquer s'il vous plaît ??

    Posté par #R, 03 décembre 2015 à 19:22
  • re: Dessins

    Il s'agit des oeuvres de Victoria Francés.

    Posté par Requiem Goth, 08 juillet 2016 à 15:36

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