27 mars 2006
Les Valeurs du Mouvement Gothique
A toi dénommé gothique, qui te repais de ta souffrance comme d'une nourriture spirituelle et vas puiser dans le désespoir la chaleur du réconfort nécessaire à tes nuits, à toi te sont consacrées ces lignes. Qu'elles jettent désormais un peu de lumière dans l'obscurité qui est nôtre et sur les ombres qui cheminent en nos pensées.
Trop d'encres ont coulé en quête d'explication sur la portée et la
signification du mouvement gothique, pour finalement s'essouffler en de
vaines assertions, en arrivant à restreindre ses appartenances à
quelques critères bien arbitraires, à l'opposé de celle que nous
chérissons tous : l'ouverture d'esprit. Combien d'écrits plein de
palabres à propos de vrais ou faux gothiques, ou remplis de clichés
martelant dans l'opinion collective qu'être gothique devrait requérir
des dispositions psychotiques ? D'ailleurs, nombre de personnes
empêtrées dans un mal-être existentiel aiment nous représenter plus
fébrilement que tout autre. L'expression « être gothique » déjà me
gêne, comme si elle impliquait une définition, un cadre, et donc une
autorité pour l'établir, une manière de contrôle. Bien au contraire : «
Bienvenue à tous, qui arborez l'extravagance de l'allure et la noirceur
du costume tranchant sur la pâleur du corps ! » Après tout, peut-être
le nombre contribuera-t-il un jour à nous garder des comportements
hostiles de ceux qui nous regardent comme un vague phénomène de
bizarrerie… Mais en général, le nombre défend la norme et suit les
modes, et Hécate sait comme nous n'avons d'attachement ni pour l'un, ni
pour les autres.
Ainsi, il n'est nullement nécessaire d'esquisser des dessins macabres à dix ans ou de se scarifier à seize, pour légitimer son appartenance au Gothisme. Malheureusement, en partie à cause de cela, j'ai plus souvent lu des textes récapitulant ce qui n'est pas gothique, que d'autres où l'on s'est efforcé de dire ce à quoi ça peut correspondre. Je me garderai donc bien d'étoffer les premiers.
Avant toute chose, pourquoi ce choix d'une couleur omniprésente, la
non-couleur comme l'appellent certains ? Cela va au-delà d'une
compréhension purement mythologique : on ne s'habille pas en noir pour
marquer une appartenance au Monde des Ténèbres, au Mal, à la
Sorcellerie ou encore à la Magie Noire. Dans le monde actuel, on
s'habille en noir comme on revêtirait une armure contre tous les
cancers et les fléaux humains qui minent l'existence et la plongent
dans l'adversité. Au nombre de ces maux, sont inclus sans réserve par
exemple la discrimination et l'exclusion, les préjugés et les idées
reçues, les doctrines et le fanatisme, le colonialisme, le profit à
outrance, le rationalisme de l'ère industrielle, … Au contraire, nous
défendons des valeurs telles : l'individualisme, la liberté de penser,
l'émotion, la dignité humaine, l'identité culturelle,
l'anti-conformisme, la distinction et le respect. La non-couleur sert
de trame pour édifier de nouvelles vues, elle est propice à
l'inspiration et aux arts, à la liberté de penser et à l'imaginaire.
Elle constitue un terrain vierge favorable à la créativité, oublieux
des tabous et préjugés qui l'inhibent et réfrènent l'épanouissement
individuel. Le noir devient ainsi le symbole de la réflexion, de la «
libre pensée », en même temps qu'un refuge où s'y adonner, loin des
oppressions et des machines normatives.
Son lien à l'Obscur, à toute l'imagerie démoniaque et vampirique, forme une sorte de théâtre, où le monde est mis en scène afin de lui renvoyer sa propre image par le truchement d'un jeu de miroirs à multiples facettes. L'un dit : « Vois la violence dont tu nous accables. Alors nous te la renvoyons à la face, car nous ne l'acceptons pas. » L'un dit encore : « A ceux qui sont si solidaires des normes et des idées reçues, voyez le courage dont vous avez manqué les jours où vous vous êtes rangés derrière la majorité discriminante, celle qui juge avant d'essayer de comprendre, car à cet instant où vous me regardez avec hostilité, je sais porter mon fardeau avec la conviction que je peux contribuer à ce qui est juste et serein. » Un autre dit : « Nous ne craignons pas de te provoquer, voire de te scandaliser, si scandalisé tu crois être, en espérant que cela t'incite d'une manière ou d'une autre à te poser un jour les bonnes questions sur ce que tu penses voir de tout ce qui t'environne. » Un autre miroir dit aussi : « Ouvre les yeux comme un nouveau-né, ouvre ton esprit à tout ce qui te semble étranger, analyse par toi-même, ne laisse jamais quiconque juger à ta place, et ainsi renais et vis de tes propres ressources. »
Nous affectionnons le mythe du vampire, car le Suceur de sang incarne cette
disposition à se laisser imprégner de ses perceptions - à les boire -
et à ouvrir son cœur pour ensuite les appréhender, les assimiler,
s'enrichir de leur expérience et progresser. Le Démon n'est pas cette
entité apocalyptique et malfaisante, vecteur de la ruine et du chaos,
tel qu'il est dépeint dans les ouvrages religieux, mais bien plutôt
l'adversaire d'un dieu qui, lui, sanctifie la souffrance et justifie
l'acceptation de l'injustice dans l'obtention du salut universel et le
partage de Son amour : « Souffrez comme J'ai souffert sur la Croix et
vous vous rendrez digne de Mon amour, autant que Je vous ai prouvé le
Mien par le sacrifice de Ma propre chair. » Le Démon ne croit pas
qu'amour et sacrifice soient intimement liés. Au contraire, le
sacrifice est rituellement lié à la peur, et cet acte ne peut donc
servir de preuve d'amour. Alors que pour le Démon, la souffrance
détourne l'Homme de l'amour, Dieu voit dans le carnage des champs de
bataille une élévation de Sa gloire. Comme le déclarait fort bien Jean
Rochefort lors d'une apparition télévisée : « Les dieux quels qu'ils
soient sont des étendards à boucherie, et les siècles sont là pour nous
le rappeler. » Les religions promettent aux hommes le Paradis en
échange de leur participation à des tueries qui en font des monstres
sanguinaires ; elles ont servi de justification à d'innombrables
massacres. Ainsi, la philosophie gothique rompt définitivement avec ce
mode de pensée, avec la doctrine chrétienne ; et la religion ne sera
jamais pour elle que l'un des plus grands maux de l'Histoire de
l'Humanité. Par ailleurs, nous méprisons l'acharnement avec lequel ces
religions ont cherché à humilier la Femme et à l'exclure de toute forme
de compétence et d'autorité.
Nombre d'artistes que nous affectionnons
ont glorifié à travers leurs œuvres la Féminité, la partie féminine de
l'univers au sens où l'entendaient les anciens païens avant l'avènement
de la chrétienté. La vision de la femme est celle d'une égérie pour le
triomphe de l'humanité sur un monde brutal, au-delà même des
représentations héritées de l'antiquité grecque. Le Gothisme se défie
du Christianisme, de n'importe quelle autre religion, et de toute forme
d'obscurantisme : nous n'admettons ni dieu, ni maître.
Puisque la question ne manque jamais d'être posée, qu'est-ce qui fait la
singularité de la pensée gothique, de cet état d'esprit ? La tristesse
n'est pas une fin en soi, un mauvais moment à passer, dont il faut
absolument se départir. Elle n'est pas vue comme une gangrène qui
rongerait l'âme, mais comme une sophistication de la conscience, une
dynamique interne acquise qui rassure par la façon dont nous avons
appris à l'assimiler, tout au long de notre vécu. Nous pensons que la
souffrance est une instance autonome de notre moi conscient, que le
seul choix raisonnable soit de trouver une entente entre cette entité
et nous-mêmes et de l'intégrer. Nous pouvons être plus forts si nous la
rendons malléable au lieu de la subir. Son intégration est la source
même de notre sombre esthétique ! Ensuite, nous ressentons également
l'intensité de nos tourments comme celle d'autant d'efforts à exister,
à donner une pérennité à la Vie et à l'intellect, et cette intensité,
comme un lien tendu entre le monde et nous, nous fait prendre
conscience d'un néant omniprésent, ouvert tel une bouche béante prête à
nous engloutir. Après tout, la matière n'est-elle pas surtout
constituée de vide ? C'est la conception spatiale du néant. Sa
conception temporelle repose sur l'idée que la réalité tellement
pénétrée de sa vraisemblance et ainsi figée dans sa propre observation
en devient prévisible, et que cet état des faits nous oblige à une
attente sans fin. Il est à souligner à ce propos que les membres du
mouvement gothique n'espèrent généralement pas de changements
importants de la société et cherchent plutôt à se distancier du rôle
qu'on peut leur attribuer, tout assoiffés de liberté qu'ils sont. Par
ailleurs, au sein du Gothisme, un thème est incontournable : la mort.
Nous parlons de la séduction de la mort en ce sens que nous nous la
décrivons telle une grande dame impartiale, la Camarde,
avec laquelle il nous faut nous habituer à cohabiter, puisqu'elle est
finalement l'issue inéluctable de chaque vie. Vaincre nos appréhensions
en apprenant à la côtoyer sous cet angle tend à nous rapprocher par la
pensée de l'immortalité : cette attitude se veut constructive, car si
elle ne nous libère pas de notre condition, à tout le moins elle permet
d'accéder à une forme de sérénité. La fréquentation des cimetières
cadre donc logiquement avec cette philosophie qui intègre la mort comme
une composante de nos vies : la contemplation de la Fin est un moyen de
mieux comprendre leur déroulement et de communier avec l'éternité de
l'instant présent. Enfin, notre sensibilité est empreinte de mélancolie
et de romantisme, d'une sentimentalité à la fois aiguë et douloureuse,
qui trouve son écho dans un attrait certain pour la Culture, qu'il
s'agisse de Littérature, d'Art, de Musique, d'Histoire, ... Le Gothisme
répond à l'alchimie de tous ces éléments.
Enfin, la Musique est dans sa spécificité un élément essentiel de rassemblement et nous tissons entre elle et nous un lien tout privilégié et intime. Elle reflète nos états d'âmes et nos tourments, nos joies et nos aspirations, elle nous accompagne tout au long de nos évasions quand notre volonté de détachement l'emporte sur les contingences, nous aimons à nous laisser pénétrer par elle, qu'elle embrasse tout notre être et l'emporte ! A ce stade, on peut légitimement parler de fusion. La Musique est la compagne de nos rêveries.
Pour lire le texte complet (version imprimable au format PDF), cliquez ici.
Commentaires
ouf!
pour une fois je ne tombe pas sur une "définition" trouvée je ne sais quel site et pi un p'tit copier-coller et le tour et joué! En plus il n'est même pas écrit qu'on se scarifie tous au nom de satan et de la "rebel-attitude"! c'est magnifique!!
Bravo pr ton blog c'est agreable de voir que je ne suis pas la seule à écrire mes propres textes sur le mouvement gothique. Tes textes sont vraiment interessants.
Bravo pr ton blog c'est agreable de voir que je ne suis pas la seule à écrire mes propres textes sur le mouvement gothique. Tes textes sont vraiment interessants.
Merci pour ton commentaire, "Romantic Goth", et aussi pour tes compliments. Je suis ravi de savoir que mes textes t'ont plu !
Vu de l'extérieur essayer comprendre quelque chose au mouvement gothique est assez compliqué. Moi même je n'en avais jusqu'à présent qu'une idée vague et brouillé par tout les préjugés que la société se fait sur ce mouvement (comme sur bien d'autres mouvement d'ailleurs). La visite de cette page (qui m'a expressément été conseillé par un ami) est intéressante. Le mouvement y'est présenté et expliqué de manière claire et précise et permet de mieux comprendre les origines du gothisme et sa pensée. C’est assez rare de tomber sur blog de cette qualité pour le souligner (combien peut-il exister de skyblog débile sur le gothisme qui sont fait par des gens certainement plus débile encore que les blogs qu'ils créent?).
remerciements
Bonjour,
Merci d'avoir commenté mon article sur les valeurs du mouvement gothique, et d'avoir tenu ainsi tant d'éloges sur mon travail. Je suis également ravi qu'il ait pu vous apporter quelque éclairage sur le sujet.
Au passage, il est intéressant pour moi de savoir que mon blog vous a été recommandé. S'agit-il d'un visiteur régulier ? Les internautes n'ont pas toujours le réflex de s'inscrire sur les newsletters. Toutefois, sachez qu'il en existe une pour "Meus Goth" si vous tenir au courant des dernières mises à jour vous intéresse.
Cordialement.
RIEN
J'adore ton blog
Il é géniale
Bravo
**clap clap clap**
Un texte de très haut vol... un véritable discours de conférence, à la fois très bien écrit et très pédagogique...
Je garde ton blog dans un coin de ma tête ;)
Nice!
Bravo,je trouve ca cool qu'on se penche sérieusement et objectivement sur les Goths,c'est fait comme il faut et claire.Je suis d'accord sur la majaurité des idées que tu avances,même si j'ai cru ressentir qu'il y avait comme une solidarité entre chaque gothiques/un groupe soudé,et la-dessus j'accroche moins.Mais ca éclaircie ma conseption du mouvement et confirme pourquoi j'y adhére.merci,je recommanderai ce blog autour de moi.bonne continuation *}
Enfin... merci! un texte qui me donne la chair de poule!Merci!
i love to be a goth like me
ton blog est vraiment meileure
cool
kiss
hier, aujourd'hui et demain
J'ai découvert ton blog seulement hier et par hasard, et je ne peux en faire que des compliments, sincères...
C'est vrai qu'au départ du mouvement gothique, il y avait une pluralité d'esprits venant de divers horizons et qui avaient réussi à créer une énorme dynamique musicale, intellectuelle et artistique, mais, et j'espère bien sûr me tromper, cette même dynamique à fini progressivement par s'effacer et finalement disparaitre, au moins visiblement, à force de se replier sur elle-même et de subir une une certaine érosion du temps, mais n'était-ce pas finalement une volonté au moins inconsciente des Gothiques que de passer, puis de s'effacer..
Cela dit, je suis toujours gothique, et je prêche toujours pour ma paroisse d'adoption, même si je concède avoir trouver dans la philosophie et la psychanalyse (Ce que je suis actuellement) des valeurs et des centres d'intérêts peut-être plus proches du mouvement gothique d'origine, que les gothiques d'aujourd'hui le sont pour moi aujourd'hui.
Pour finir je crois qu'être Gothique, c'est plus un état d'esprit, un certain art de vivre, qu'un standard musical ou vestimentaire, auquel cas ce n'est pas demain que ce mouvement risque de s'éteindre !
Cendres
Je me faisais la réflexion en relisant ton texte, que les premiers Cyniques grecs (Antisthène, Diogène..), auraient sans doute regardé avec intérêt
dans la direction du mouvement Gothique, car on pourrait établir un certain parallèle entre les valeurs respectives entre les deux "écoles" (j'aime pas trop le terme, mais bon..)..
Cendres
voilà cétait pr te féliciter... j'en ai vu un peu de ton blog et cela résume bien ma façon de voir... En parlant d'Hécate, pourrais-tu m'en apprendre+
merci
c émouvant
bravo!vous avez bien choisie les mots qui peuvent non pas définir le gothisme mais le valoriser de tel façon que je me suis assurée qu'il existe des gens qui comprennent la profondeur de ce mouvement sans tomber dans la signification imposée par notre société prisonnière des préjugés .en tout je suis 1e gothique de la tunisie il'n y en a pas beaucoup de gothiques ici mais j'essaie d'en trouver
merci de m'avoir aidé à me definir
Je ne savais pas qui j'étais réellement. Un garçon de 14 ans qui aimait le hard rock et le trash métal et qui avait ses propres convictions sur la vie et sur la mort. Un garçon habillé tout en noir dont tout le monde se moquait. un garçon qui cachait ses sentiments et dont ses amis ne savait quasiment rien sur lui. Un garçon qui a appris à vivre à l'écart des autres et qui s'enfermait dans sa chambre et qui écoutait la musique suivant l'état de ses sentiments, la colère, la joie, le desespoir,la souffrance
merci de m'avoir aidé à me definir
. Et grâce à votre site je sais qui je suis réellement. je ne sais pas si c'est ça être goth mais je pense être dans le même état d'esprit. Le plus important c'est l'ouverture d'esprit et le libre arbritre. Et n'écoutez pas les préjugés débiles.
waou,,
pour une fois,, ou je ne voit pas de defintion bidon comme koi nos scarifikation c pr satan,, sa me plait,, bone continuation
trop bien
j adore ce que t aecrit
love to be vampire
tres cool ton blog cher frere je voudrais etre en sorce comme toi vampire "show-me the roles"
NAZE
TROP TROP MAIS TROP NUL
Re: NAZE
Développe, je te prie, de manière à ce que l'on puisse se faire une idée exacte et juste de ce qui est tout à la fois naz et nul. Fais-toi plaisir, et essaie de nous faire pitié... Tu arriveras peut-être à nous faire rire, avec de la chance, si ton verbiage se montre aussi ridicule que ton commentaire est futile.
Impressionnée.
Bonjour !
Je tenais à vous féliciter pour votre article. J'ai trop souvent entendu des stupidités sur ce " mouvement " très intéressant qu'est le gothisme.
Personnellement, j'estime pouvoir me considérer gothique. Pourtant, je ne me maquille pas, la musique gothique ne m'est pas forcément agréable, et je ne m'habille pas de façon gothique ( Bien que le style vestimentaire me plaise énormément ! ).
Lorsque j'en parle avec mes amis, voilà ce qu'ils répondent : " Jamais je ne consacrerais d'autel à Satan " ; " Les gothiques craignent avec leurs ceintures, vestes, apparences... " ; " Il n'y a rien de plus malsain que de vouer un culte aux créatures démoniaques et à la mort ". Bref, des stupidités.
Peu d'entre eux comprennent ce qu'est vraiment le gothisme : Une façon de penser, de percevoir le monde. J'espère que votre article, que je leur conseillerais ( du moins aux plus tolérants d'entre eux ) leur permetteront de mieux comprendre nos convictions.
D'autres parts, j'aimerais aussi applaudir votre qualité d'écriture. C'était très agréable à lire.
Bien à vous.
Sybil.
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=37971&pid=1592136
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :





